Distillerie Coopérative D'alignan-du-vent
Commune Alignan-Du-Vent (34)
Réalisée par
maître d'oeuvre inconnu
Gazagne (entrepreneur de chaudronnerie)
Date de construction initiale 1926
Actuellement
Dépôt automobile et maison
Ref. IA34007002

Crédits
Rodriguez Lionel
(c) Inventaire général, 2009



Histoire
La distillerie coopérative d'Alignan-du-Vent apparaît la première fois en 1923, lorsqu'elle sollicite le Génie Rural pour sa constitution. L'usine se situe à la périphérie ouest du village, le long de la route de Margon. La société coopérative loue un petit domaine construit à la fin du 19e siècle qu'elle assure à partir de 1924. Le directeur s'installe dans la maison bourgeoise, tandis que le contremaître occupe le "ramonétage" (métairie) accosté à la remise, elle-même transformée en atelier de distillation. En 1926 les coopérateurs acquièrent les locaux et construisent un silo à marcs. La cave coopérative est construite en 1936 de l'autre côté du village, au sud-est. En 1937, la coopérative de distillerie évoque l'idée de confier ses marcs à forfait à la distillerie privée "La Méditerranée" de Mèze. Les coopérateurs se plaignent de l'élévation des frais généraux suite à l'augmentation des salaires et de l'instauration de la semaine de quarante heures. Le projet est abandonné car la distillerie perdrait son agrément fiscal. Une phase de modernisation intervient en 1941. La distillation des marcs frais aux calandres est maintenue avec l'acquisition d'un tasseur pour le silo. Mais l'installation s'adapte à la distillation des vins et des lies : un chai de quatre cuves, une chaufferie, quatre cuves supplémentaires sont construits contre l'atelier qui reçoit une nouvelle colonne de distillation et une colonne de concentration à dix plateaux. Le passage à la diffusion s'opère à la fin des années cinquante. Il voit la construction d'une batterie de huit cuves à diffusion. Une colonne de marque Gazagne subsiste jusqu'à la cessation d'activité et la vente de l'établissement en 1999. L'édifice et ses abords servent depuis de dépôt à un garagiste de la commune, qui a vendu les appareils. Les vignes environnantes ont cédé la place à un urbanisme pavillonnaire.


Galerie (3)

Description
La distillerie coopérative d'Alignan-du-Vent est un édifice à bâtiments isolés, qui a conservé ce parti de plan malgré les transformations ultérieures. La structure originelle du domaine comprend une maison bourgeoise, un jardin d'agrément et un bâtiment agricole associé à une petite maison. Les bâtiments se répartissent selon un axe nord-ouest sud-est : à l'ouest la partie domestique, à l'est la partie agricole devenue industrielle. Un mur de pierres partiellement abattu clôt la parcelle, avec une entrée ménagée à l'est. La maison bourgeoise est isolée au nord-ouest contre la limite parcellaire. Un jardin s'étendait au-devant jusqu'à la limite avec la partie agricole, matérialisée par la disparition du chaperon portant une grille sur le mur de clôture. Au centre de la partie agricole s'élève la petite maison de plan carré contre laquelle s'appuie la remise agricole de plan rectangulaire transformée en atelier de distillation. La distribution de la maison se compose d'un rez-de-chaussée carré ayant servi de bureau, surmonté d'un étage-carré de logement. Deux appentis perpendiculaires couvrent le bâtiment. La remise adopte la forme d'un corps de bâtiment en rez-de-chaussée en appentis dont la façade principale ouvre au sud par une porte charretière couverte d'un arc en anse de panier. La charpente en bois et les tôles ondulées de couverture correspondent à une réfection. Aucun aménagement intérieur ni ouverture antérieurs à la transformation en distillerie n'est conservé. Seul un puits creusé devant la façade principale pourrait appartenir à l'état initial. La nouvelle affectation modifie sensiblement les volumes intérieurs de la remise, et se traduit par la construction de nouveaux bâtiments et corps de bâtiment. Contre le mur de clôture sud est construit un poste de pesage de plan rectangulaire symétrique en rez-de-chaussée constitué de deux édicules accostés couverts de longs-pans. Les charpentes en pannes et chevrons de bois sans ferme supportent une couverture de tuiles mécaniques en saillie de rive sur les deux murs pignons de la façade principale. Chaque mur pignon est percé d'une fenêtre horizontale, avec une porte d'entrée placée au centre de la façade. L'édicule ouest abrite la balance romaine reliée à la plaque métallique extérieure. L'appareil de marque "Castelnau et Joullié, Ateliers Méridionaux, Montpellier" a été remanié par "Destand, maître balancier, 35 Quai de Bosc, Sète. L'édicule oriental devait servir aux écritures d'enregistrement. En 1930 l'installation s'agrandit d'un silo à marcs de plan rectangulaire couvert d'une toiture à longs-pans, adossé au mur oriental de la remise. Son mur gouttereau nord est taluté et renforcé par un contrefort, à l'inverse des autres murs qui demeurent verticaux. Le silo tente de tirer profit de la très faible déclivité. Son niveau de circulation est de plain-pied avec le chemin de Fontès, mais pour permettre le versement des marcs par le haut et éviter d'utiliser du matériel de levage, le silo est à demi enterré par le remblai des rampes d'accès latérales. Le silo se compose d'un vaisseau divisé par un mur de refend formant ferme, largement évidé d'une ouverture couverte par deux linteaux métalliques. La charpente rampante supporte une couverture de tuiles canal. La construction emploie le même appareil irrégulier enduit, avec des chaînages d'angle en pierre de taille. Le mur pignon est surmonté d'un cartouche portant l'inscription "distillerie coopérative" sous un larmier de tuiles mécaniques. Les marcs étaient déversés depuis quatre portes hautes percées au niveau des rampes. Ils étaient ensuite chargés dans les calandres installées dans l'atelier de distillation. L'espace intérieur de l'ancienne remise a été divisé en atelier de distillation et chai à alcool, séparés par une cloison perpendiculaire à la longueur du bâtiment. Le chai abritait cinq bacs à alcool ; quatre répartis de part et d'autre d'une allée centrale sur un plancher surélevé, et un plus petit posté à l'extrémité de l'allée. Les bacs étaient en cuivre riveté et étanchéifié par une couche interne d'étain. La surface extérieure était martelée d'une couche de jaune d'oeuf antioxydant. Un jour de surveillance perce le mur mitoyen du logis. La distillation des vins et lies, en plus des marcs frais, se traduit par la construction d'un chai, d'une chaufferie et l'acquisition de deux colonnes. Contre le mur nord de l'atelier est adossé un bâtiment rectangulaire en rez-de-chaussée en appentis divisé par un mur de refend formant ferme, couvert de chevrons et de pannes sans fermes sous un toit de tôles ondulées. Il sépare un chai de quatre cuves en béton armé et la chaufferie. Une cinquième cuve sommée d'une plate-forme est construite à l'angle du chai et du mur nord de la maison, une sixième est placée dans l'atelier, et deux autres occupent l'angle de l'atelier et du silo, au sud dans un bâtiment en appentis. Le passage à la diffusion condamne la distillation aux calandres et donc le silo, qui est alors converti en chai à alcool supplémentaire et garage. Ses parois sont couvertes d'un enduit étanche au ciment en partie basse. Deux cuves en acier sont installées contre le mur de l'atelier, protégées par un muret de rétention. La pièce délimitée par le mur de refend et le mur pignon est utilisée comme garage, grâce au percement d'un portail dans le mur pignon. La diffusion des marcs nécessite la construction d'une batterie de huit cuves en béton armé. Le bâtiment est isolé dans la cour, entre la maison bourgeoise et l'atelier. Une rampe sur remblai conduit au quai de déversement côté sud. La partie nord accueille une grue montée sur rails pour la vidange des cuves et le dépôt des marcs épuisés sur une aire attenante à la route. Des canalisations enterrées conduisent les piquettes vers l'atelier débarrassé des calandres mais équipé d'une colonne à 14 plateaux. La hauteur importante de l'appareil entraîne la construction d'une tour rectangulaire en pan de fer couverte d'un toit à longs-pans et de parois en tôles ondulées.


Observations
Alignan-du-Vent est situé dans la plaine viticole biterroise. La distillerie fondée en 1923 appartient à la deuxième vague de créations (1918-1929). Elle appartient au groupe des distilleries implantées dans des locaux préexistants. Sa particularité est d'occuper un petit domaine viticole, qu'elle remanie progressivement. Les campagnes de construction correspondent aux périodes de forte production viticole (1930, 1960), avec passage à la diffusion. Elle correspond à la famille typologique des édifices à bâtiments distincts.