Distillerie Coopérative Intercommunale Du Pont Du Lez
Commune Montferrier-Sur-Lez (34)
Réalisée par
maître d'oeuvre inconnu

Date de construction initiale 1928
Actuellement
Distillerie
Ref. IA34007125

Crédits
Normand Sabine
(c) Inventaire général, 2009



Histoire
Un avant-projet de construction d'une distillerie coopérative intercommunale dite du "Pont du Lez" sur la commune de Montferrier est transmis au préfet de l'Hérault le 6 avril 1928. L'autorisation de démarrer les travaux est donnée quelques semaines plus tard, au président de la société coopérative de distillation, M. Brousse. Peu d'archives privées conservées jusqu'à aujourd'hui nous permettent d'en retracer l'activité jusqu'à la période de l'après-guerre. Fabrication et stockage d'engrais jusque dans les années 60. En 1981, la distillerie de Montferrier absorbe celle de Pignan. En 1988, la distillerie produit de l'alcool à partir des marcs, lies et vins, pratique le séchage des marcs épuisés et la concentration de moûts de raisin. En 1988, installation d'un atelier d'extraction des tartrates dans l'ancienne salle de distillation et l'ancienne chaufferie. La distillerie cesse ses activités en septembre 1992. L'outil de production est transféré à la distillerie d'Olonzac, faisant partie de l'Union des Distilleries de Méditerrannée (UDM). Le site est aujourd'hui désaffecté.



Description
La distillerie coopérative de Montferrier est située en bordure d'un grand axe de circulation entre Montpellier nord et la commune de Prades-le-Lez. Plusieurs corps de bâtiments, de taille imposante et massive, sont disposés le long de la route, dont une importante tour de distillation. Ce sont les bâtiments initiaux construits, pour la plupart, entre 1928 et la Seconde Guerre mondiale. Des agrandissements et aménagements ont ensuite été réalisés sur l'arrière, disposant l'ensemble autour d'une immense cour. Les différents bâtiments d'exploitation comprennent : un bâtiment de plan rectangulaire, flanqué de deux tours, en bordure de route et correspondant à une première halle de distillation ; à proximité, une deuxième halle de distillation de type "tour", accolé à un bâtiment initialement prévu pour abriter la chaufferie ; à côté, un logement d'habitation, et des hangars. La particularité de ce premier ensemble de bâtiment est d'être tous construits avec un appareillage en moellons de calcaire irréguliers. Dans la cour, à côté de la première halle, une série de cuves en béton pour le traitement des lies, recouverte d'un arc surbaissé en béton armé, et un château d'eau en béton. Le pont-bascule est situé à l'entrée du site, sur la droite, à côté d'un bâtiment récent accolé à la halle. A l'opposé de la cour, un bâtiment en béton armé abritant une batterie de cuves à diffusion ; un bassin de décantation et de chaulage des vinasses, et deux hangars à charpente métallique. Sur une petite butte qui domine le site, des aménagements plus récents, avec un bâtiment en tôle ondulée qui abrite une chaudière, et trois silos en acier inoxydable. L'édifice ayant abrité la première halle de distillation est constitué de trois corps de bâtiments distincts : un bâtiment de plan rectangulaire entouré de deux ailes étroites. Les façades ouest, situées côté route, présentent des baies de forme rectangulaire pour le corps central, avec encadrements en béton, et une batterie de quatre petites baies accolées, en haut du mur pignon. Un bandeau de mortier coloré court tout le long de la bordure sous toit du mur pignon, portant l'inscription : "Distillerie coopérative de la région nord de Montpellier". L'inscription est réalisée avec la technique du sgraffite, très utilisé pour inscrire sur les façades la mention de caves ou de distilleries coopératives. Une autre inscription est présente entre les baies du premier étage : "Le Pont du Lez" a été gravé dans le béton et peint en rouge. Les deux ailes débordantes par rapport au bâtiment central présentent des baies à encadrements plein cintre en moellons de calcaire. L'ensemble correspond très certainement aux parties des bureaux et logement du gérant. La façade Est du bâtiment central est éclairée par une baie avec encadrements en béton traitée en serlienne, deux meneaux découpant la baie en trois parties. Un petit corps de bâtiment est attenant à ce bâtiment et comporte des petits ouvertures sous toit de type meurtrières et correspond à une ancienne cave à alcool. L'ensemble de ces corps de bâtiments est recouvert par des toitures à deux pans avec des tuiles mécaniques. La deuxième halle de distillation, située de l'autre côté de l'entrée, est un bâtiment imposant par sa taille et sa hauteur. Construit également en moellons de calcaires, roche la plus courante dans ce secteur, l'édifice est éclairé, côté est, par une grande baie avec un encadrement en béton de forme plein cintre, surmonté d'un larmier décoratif en tuiles creuses. La baie est entrecoupée de deux meneaux et d'une traverse en béton. Le portail du rez-de-chaussée est protégé par un petit auvent en demi-cercle en béton. Un bandeau coloré souligne la bordure du toit à croupes, recouvert par des tuiles mécaniques. Le bâtiment de l'ancienne chaufferie, qui y est accolé, est éclairé par deux oculi sur la façade Est, ainsi qu'au nord, par trois grandes baies rectangulaires. Le toit à deux pans est surmonté d'un lanternon. En face, dans le prolongement, l'ancien logement du gérant est un bâtiment à un étage carré, orné sur sa façade principale sud, d'une baie à encadrement plein cintre surmontée d'un larmier de génoise en tuiles creuses, ainsi qu'au premier niveau, d'un petit balcon en béton décoré d'un entrelacs de tuiles. Plusieurs éléments décoratifs et typologiques de ce deuxième ensemble de bâtiments rappellent le style employé par l'architecte audois, René Villeneuve, grand bâtisseur de caves coopératives dans les années 30, mais également maître d'ouvrage de nombreux aménagements de distilleries héraultaises : les façades simples soulignées par une génoise dont la base interrompue se retourne de chaque côté, comme c'est le cas ici pour les bâtiments de la chaufferie et du logement du gérant, les baies avec couvrement en plein cintre et moellons de calcaire, ces mêmes moellons laissés apparents ici et utilisés pour l'ensemble des bâtiments en bordure de route, rappelant le goût pour le style néo-provençal développé au cours des années 30 par Paul Brès, puis par René Villeneuve .


Observations
La distillerie coopérative de Montferrier-sur-Lez était une des plus importantes du département de l'Hérault. Avec ses bâtiments construits dans un bel appareillage de moellons de calcaire, ses éléments décoratifs, tels que la présence de larmier de génoise au-dessus de certaines des baies, la présence de génoise sous toit et parfois le retour en équerre sur les façades, la distillerie de Montferrier est un des rares représentants du style néo-provençal dans l'Hérault pour ce type de production. A noter l'imposante tour de distillation en bordure de route et le soin apporté à sa construction.